page title icon 4ème EDITION DES JOURNEES PORTES OUVERTES DE L’ARAM

Sous le thème : PLURALISME MEDICAL

(Yaoundé, le 19 août 2022)

Présenté par :

  • L’Université d’Ottawa,
  • L’Université de Yaoundé I,
  • L’Institut Supérieur de Développement Rural (ISDR de la République Démocratique du Congo)
  • L’Association pour la Recherche en Anthropologie de Médecine Traditionnelle (ARAM)

CONTEXTE

Dans les sphères boisées camerounaises, il se trouve des dimensions à la fois culinaires et médicinales qui découlent des forêts, se subdivisant et se solidarisant dans des approches multiples. Elles sont édictées par des mouvements environnementaux desdites sphères qui se tortillent et s’entremêlent pour finalement assouvir et étancher les besoins tous azimuts des populations en quête de santé.   

De l’aire médicinale Soudano-sahélienne à celle Bantu, il peut se dénombrer plusieurs de ces sphères qui s’entremêlent les unes des autres, du nord au sud, avec des variantes toutes aussi fascinantes, qui peuvent se dénoter en fonction des peuples, à partir de ce qui caractérise de manière générale leurs milieux vivants. Cette caractéristique des peuples dans les sphères ci-dessus mentionnées est plurielle et elle passe de manière objective par la position géographique du sol sur lequel les peuples vivent. 

Ledit sol est conditionné au passage par des vents frais et chauds dans la chaîne montagneuse qui le compose, en passant par ses hautes et basses altitudes, ses plaines et hauts plateaux, sa forêt, sa mer, son fond océanique, ses abysses et son enclave, etc. Il se forme des généralités qui apportent au sous-sol une spécificité unique, pour une fonction et une nature différente de l’environnement qui suit les limites géographiques de l’autre peuple. 

C’est avec un ensemble d’éléments distincts les uns des autres qui appellent à comprendre la fonction naturelle de la terre et le sol sur lequel vit un peuple. Fondamentalement, cela permet de comprendre la spécificité de la nature culturelle de celui qui est originaire du biotope qui entoure ce peuple. 

En principe, tout est tiré et copié de la nature depuis la nuit des temps. Que ce soit la science qui en appelle aux preuves ou des connaissances endogènes que cette science détermine comme empirique, la somme des savoirs se dénotent par la capacité d’un peuple à résoudre une altération ou une déficience avec des valeurs absolues que sont des matériaux qui occupent son environnement le plus proche.     

En termes de déforestation, d’extraction minière et de pollution par des preuves de trouvailles par cette même fascinante science, les territoires entiers s’appauvrissent et se surchauffent plus qu’elle n’apporte de solutions, dans différents milieux naturels. La compromission de toute cette matrice qu’est la connaissance de manière scientifique, jugule, entrave et paupérise la plurielle et vivante sphère médicinale et culinaire des peuples, par la non prise en charge de la valeur de ces peuples à travers les savoirs qui sont entretenus et vivent dans leurs différentes cultures. En outre, l’assèchement des nappes phréatiques accroit l’avancée du désert. Cette capacité des peuples qui dépendent de la qualité de leur(s) sol(s) à leur procurer encore de nos jours de quoi survivre, sur le plan médicinal et culinaire disparaitra.

Les us se recueillent de l’environnement forestier dans lequel ils sont issus. La déforestation y étant pratiquée, ces usages se tournent vers de nouveaux formats. Leurs habillages se redéfinissent et s’exécutent à mettre en œuvre les activités sylvicoles pour la santé des individus et des communautés entre autres, à travers les connaissances sur les plantes médicinales, les matériaux et leurs procédés en vue de leur utilisation, en mettant en relief les savoirs, pour la pérennité de la biodiversité et le bien-être des populations. 

L’avenir de la science dans les cas qui vont suivre, s’assimile aux connaissances traditionnelles par un ensemble de moyens qui concourent à soutenir plusieurs activités qui sont régies par des règles visent : 

  1. La mise en œuvre de la valorisation économique de la biodiversité pour un ensemble bénéfique des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL), afin de mettre en application le programme d’appui de la stratégie de développement du secteur rural volet forêt/environnement par le Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF).
  2. La mise en pratique de la vision du Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), qui régit l’accès aux ressources génétiques, à leurs dérivés, aux connaissances traditionnelles associées et le partage juste et équitable des avantages issus de leur utilisation.

L’attention des mises en œuvre ci-dessus passe par :

  1. La mise en application d’un état des lieux des directives et instruments clés de la Commission des Forêts de l’Afrique Centrale (COMIFAC) qui sont entre autres (i) les directives régionales sur la participation des populations locales et autochtones et des ONG à la gestion durable des forêts d’Afrique centrale, (ii) les directives sous régionales relatives à la formation forestière et environnementale en Afrique centrale, (iii) les directives sous régionales relatives à la gestion durable des produits forestiers non ligneux d’origine végétale d’Afrique centrale ;
  2. La mise en œuvre de la raison d’être du WWF Cameroun sur les bonnes pratiques en matière de gestion durable des forêts communautaires et pour la filière huile de palme respectueuse de la biodiversité, des droits des communautés et d’un développement socio-économique intégré dans les pays du bassin du Congo ; 
  3. L’attention et l’approche stratégique de la biodiversité, du quoi, du pourquoi et le comment faire de l’UICN, dans le cadre d’action des entreprises en matière de biodiversité et des services écosystémiques. 
  4. La sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et matériel est l’angle sous lequel                l’Association pour la Recherche en Anthropologie de Médecine Traditionnelle (ARAM) met en œuvre la valeur médicinale et culinaire issue de la biodiversité.  

STRATEGIES DE MISE EN ŒUVRE

Les mises en œuvre ci-dessus, que proposent les OI, ONG et les OSC sur les actions de protection de l’environnement à mettre en évidence la biodiversité, renforcent les mécanismes du pluralisme médical au sein des peuples à travers l’utilisation de la biodiversité pour la guérison des malades. Ce traitement passe par les usages qui accroissent un sentiment d’appartenance à une culture médicinale et ou culinaire pour un pluralisme médical avéré et qui soutient les pôles académiques. 

Cibles : MINFOF, MINEPDED, EESA/Univ/Ottawa, COMIFAC, WWF, UICN, ARAM 

    Le travail technique consiste à : 

  1. Évaluer les indications ressorties par les étudiants aux contours des indices de gestion de l’environnement par les organisations cibles ;
  2.  Ressortir les données anthropologiques des aires parcourues par lesdits étudiants, en vue de comprendre le pluralisme médical dans les contrées ;
  3. De toucher du doigt les signes de changement, de guérison et autres manquements observés dans les communautés ;
  4. Les étudiants devront analyser et interpréter les données anthropologiques de première main recueillies dans les différentes aires culturelles par eux visités. 
  5. Élaborer des rapports.

OBJECTIF DE LA MISSION 

Collecter les données auprès des communautés et des guérisseurs en utilisant le mode de données personnelles. Le but est de fournir des informations anthropologiques essentielles en conformité avec le pluralisme médical sur le guérisseur, la vie et le bien-être des populations. 

IMPLICATION     

L’étudiant doit se sentir responsable de la valeur de ce travail et davantage s’impliquer aussi, en vue de la traduction des questionnaires, pour des résultats qui devront être essentielles sur d’autres opérations.

APPROCHES ET METHODES

Les approches et méthodes générales de la réalisation du travail technique de collecte des données reposent sur : 

  1. Les approches/méthodes anthropologiques participatives ;
  2. Les approches /méthodes anthropologiques expérientielles.

RESTITUTION DES TRAVAUX DES ETUDIANTS DE L’UNIVERSITE D’OTTAWA

L’Anthropologue canadienne la Professeure Julie LAPLANTE, a tour à tour passé la parole à ses étudiants, pour livrer leurs impressions suite à trois semaines de cours terrain passés au Cameroun sous la conduite du Président de l’ARAM.

Professeure Julie LAPLANTE : Elle dit avoir connu monsieur KANAA Amos Roger à travers le Docteur Jean Paulin MENGUE ME NDONGO. Elle vient pour la première fois au Cameroun en 2018, invitée par une association de médecine connue sous le nom de ARAM. Elle a par ailleurs mené des recherches en Amazonie, en Afrique du Sud, en Indonésie où elle a vu des hérésies faites à base de plantes fraîches.

Collecter les données auprès des communautés et des guérisseurs en utilisant le mode de données personnelles. Le but est de fournir des informations anthropologiques essentielles en conformité avec le pluralisme médical sur le guérisseur, la vie et le bien-être des populations. 
Déforestation et désolation pour la médecine traditionnelle

Avec Monsieur KANAA Amos Roger en 2018, elle s’est intéressée aux sons, aux thérapies et aux plantes. Elle a d’ailleurs écrit un article avec Monsieur KANAA. En ce 19 août 2022, dans le cadre de la restitution des travaux d’intenses activités, il s’agit   de partager ce que les étudiants de l’Université d’Ottawa ont appris en 3 semaines passées au Cameroun. Parmi eux, une « Post Doctorate » Amélie Anne MAILHOT, deux étudiants Haïtiens KERRY MENELAS et Katiana CANGE, une Malienne NIAME AGNA SACKOet les Canadiens Kelly Anne BRUTE, Mélissa, Félix LABRECQUE GOULET, Emmanuelle ROCHON et Dariel HELMESI qui n’est pas originaire du Canada. Tous ne sont pas des étudiants en anthropologie. Il y en a qui se forment en psychologie clinique comme Emmanuelle ROCHON et KERRY.  NIAME AGNA SACKO quant à elle se spécialise en « Economie Internationale et Développement ».

La question de « pluralisme médical » est une question de négociation avec le vaudou pour KERRY MENELAS.

  1. KERRY MENELAS : Etudiant en psychologie à l’Université d’Ottawa, Haïtien d’origine, il dit avoir été très bien accueilli et content d’avoir foulé le sol de ses ancêtres dès l’aéroport de Nsimalen au Cameroun. L’une des choses qui a attiré son attention a été en brousse au village Lamal-Pouguè, dans la forêt sacrée de Bassinglègè face à l’arbre appelé le Jap, mot qui dans sa langue appelée le créole haïtien, signifie « diable », ce qui a créé en lui des doutes. Il a poursuivi ses propos en disant que sa foi de chrétien l’a conduit à mettre quelques limites et à avoir des réticences au sujet des traitements durant son séjour au Cameroun. Au terme de trois semaines passées au Cameroun, il reste encore dans son questionnement.

Cependant, toute l’assistance a été édifiée au cours des échanges, Le Jap  est rendu en français par le moabi. En outre, il n’existe aucun mot dans les langues africaines et même haïtiennes qui désigne le « diable ». Ceux des mots qui le désignent aujourd’hui, sont des emprunts ou alors des mots hérités de l’évangélisation au cours de l’intrusion du christianisme à la période coloniale française ou anglaise entre autres.

Pour Monsieur KANAA, lorsqu’on pille le fruit de l’arbre « Jap » dans un mortier, la sonorité ou le  bruit qui en découle  est « jap, jap, jap »….

  • Katiana CANGE : Haïtienne et étudiante en anthropologie à l’Université d’Ottawa, Les enseignements de Monsieur KANAA ont été très enrichissants selon elle.  Sur le plan personnel, c’est au cours d’une séance de thérapie touchant son corps et son esprit qu’elle a su qu’elle était malade, chose qu’elle ignorait jusque-là. Elle a dont compris que dans la médecine traditionnelle, il faut guérir l’âme et le corps pour être en bonne santé. Aussi, a-t-elle ajouté qu’il y a beaucoup de similitudes entre la médecine traditionnelle camerounaise et le vaudou haïtien. Elle était dégagée et très à l’aise au Cameroun où elle s’est sentie chez elle.
  • NIAME AGNA SACKO : Malienne, étudiante dans le programme « Economie Internationale et Développement », cette originaire de l’Afrique de l’Ouest a axé ses recherches sur  le thème suivant ; « Croyances, sensations et perceptions ». Elle a par ailleurs pendant son séjour au Cameroun, compris qu’il y a des similitudes entre la médecine traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest et celle pratiquée par Monsieur KANAA au Cameroun. Selon NIAME SACKO, « les sensations sont un sentiment qui est là et qu’on sent à un moment donné de la vie et dont on est incapable d’expliquer. Alors que la perception renvoie aux sens, les cinq sens et même au sixième sens ». Malgré le fait que les parents de NIAME SACKO soient des pharmaciens, elle a trouvé son séjour au Cameroun très enrichissant et elle dit croire en la médecine traditionnelle.
  • Félix LABRECQUE GOULET : Il a trouvé que dans la médecine traditionnelle, il n’y a pas de libre arbitre, pas de réglementation bien qu’elle apporte la guérison aux malades.

PREMIERE PHASE DES ECHANGES

Monsieur KANAA Amos Roger, Président de l’ARAM et praticien de médecine traditionnelle a aussitôt réagi en répondant qu’il y a bel et bien la réglementation dans la médecine traditionnelle. Elle n’a pas d’abus. Le médecin traditionnel qui apporte le médicament respecte celui qui est en face de lui.

Pour la Professeure Julie LAPLANTE, la question de dosage a aussi déjà été posée. Il y a, dit-elle, une autre forme de réglementation de la médecine traditionnelle. Cette Anthropologue canadienne est arrivée à la conclusion selon laquelle, il n’y a pas de médecine parfaite. La médecine traditionnelle et la biomédecine ont chacune à la fois des avantages et des inconvénients.

L’universitaire Congolais, le Dr Jean Claude MBOKA INGOLI : Lorsqu’on lit les classiques et les livres d’histoire, on se rend compte que le médecin traditionnel était celui qui avait la maîtrise de soi, du corps et ses activités étaient réglementées dans sa communauté. Selon lui, la médecine traditionnelle est règlementée.

  1. Kelly Anne BRUTE : Selon cette étudiante canadienne, son voyage pour le Cameroun est la première fois qu’elle sorte de son Canada natal. Elle a tout trouvé différent ici, la nourriture, la médecine, les traitements… Elle s’était intéressée aux interviews qui ont souvent opposé la médecine traditionnelle et la biomédecine. Elle est arrivée avec des idées préconçues et un certain fanatisme vis à vis de la médecine traditionnelle. Au fur et à mesure qu’elle a mis du temps au Cameroun, suite aux différents cours terrain livrés par Monsieur KANAA, aux traitements qu’il administrait aux malades et les entretiens très édifiants avec elle lui ont permis de ressortir une similitude fondamentale avec la biomédecine comme suit :Il faut avoir une confiance aveugle à son traitant que ce soit à son médecin de famille comme dans chaque famille au Canada ou alors dans la médecine traditionnelle. Car, lors des traitements, on ne comprend pas toujours ce que fait  Monsieur  KANAA mais, il faut totalement lui faire confiance, a-t-elle déclaré. Kelly a donc compris que si deux pratiques soignent l’humain, il n’y a pas une médecine qui soit supérieure à l’autre. La médecine traditionnelle et la biomédecine sont complémentaires.
  2. Emmanuelle ROCHON : Etudiante canadienne en psychologie clinique à l’Université d’Ottawa, sceptique à son arrivée au Cameroun, elle a été transformée suite aux cours terrain et grâce aux traitements de Monsieur KANAA Amos Roger. C’est la raison pour laquelle elle a livré ses pensées profondes suite à trois semaines passées au Cameroun, sous forme de poème ainsi qu’il suit : 

« Qui aurait cru que la terre rouge serait libératrice 

De l’énergie négative qui était telle un vice

Qui me hantait jusqu’au jour en brousse.

J’ai enfin compris qu’il nous traitait tous

Lorsqu’on l’a laissé parmi la flore.

Nous les sceptiques qui n’arrivaient pas à percevoir

Que ce médecin traditionnel traitait le vivant,

Nous laissant interpréter la signification de ses traitements

Ça m’a permis de faire des réflexions personnelles profondes.

C’est ce que le Cameroun apporte à mon monde. »

« Qui aurait cru que la terre rouge serait libératrice 
De l’énergie négative qui était telle un vice
Qui me hantait jusqu’au jour en brousse.
J’ai enfin compris qu’il nous traitait tous
Lorsqu’on l’a laissé parmi la flore.
Nous les sceptiques qui n’arrivaient pas à percevoir
Que ce médecin traditionnel traitait le vivant,
Nous laissant interpréter la signification de ses traitements
Ça m’a permis de faire des réflexions personnelles profondes.
C’est ce que le Cameroun apporte à mon monde. »
Emmanuelle ROCHON en première ligne

  Emmanuelle ROCHON a en outre développé le sigle ARAM en ces termes :

A : Au travers le doute, j’ai su garder à l’esprit ouvert au pluralisme médical du tradipraticien jusqu’à la biomédecine.

R : Restée surprise par l’efficacité de ses traitements, je me laisse être guidée par sa vocation.

A : Au final, j’en retiens que chaque personne est unique et mérite un traitement qui fonctionne pour elle.

M : Malgré la controverse, la médecine traditionnelle a ouvert mes yeux à l’harmonie qui existe entre la médecine, la nature et le spirituel. 

  • Amélie–Anne MAILHOT : Canadienne post-doctorante à l’Université d’Ottawa a parlé de la communauté de soins et de partage à travers de la bonne nourriture, des ingrédients et des plantes qui concourent à la bonne santé dans la médecine traditionnelle.
  • Mélissa BERNIER : Elle a partagé avec l’assistance des moments inoubliables qu’elle a passée au Cameroun auprès de Monsieur KANAA.
  • Dariel   HELMESI : Elle s’est exprimée sous forme de peinture au siège social de l’ARAM.

PHASE DES PRESENTATIONS

Présentation de l’Institut Supérieur  de  développement Rural (ISDR)

Docteur Jean Claude MBOKA  INGOLI et le Professeur LOANDO  BAKO Giscard , Directeur Général de l’ISDR

Sous-thème : « Pluralisme médical comme peuple, institution et individu »

Le Docteur MBOKA INGOLI et le Professeur LOANDO  BAKO  Giscard sont tous les deux originaires de la République Démocratique du Congo,  dans  la région de Bandaga, précisément de la province de l’Equateur où il fait très chaud. Ils sont   Docteurs en Philosophie et professeurs  des universités.

Directeur général de l’ISDR, après avoir passé en revue l’une des phrases du discours resté célèbre de l’ancien président de la RDC MOBUTU SESE SEKO, selon qui, « La forêt pour un Africain c’est son sanctuaire, c’est en même temps sa cathédrale », le Professeur LOANDO BAKO a parlé du « Pluralisme médical comme peuple, institution et individu. »

Comme « peuple », selon le Professeur LOANDO  BAKO  Giscard, en RDC, tout le monde pratique ou a recours à la médecine traditionnelle et à la pharmacopée traditionnelle du président de la république à l’homme du dernier rang social.

Comme « institution », le peuple est régulièrement monopolisé et sensibilisé pour préserver la biodiversité. Tel est le cas des Pygmées et du peuple Lega en RDC qui vivent en milieu forestier en communion avec la nature et qui pratiquent essentiellement la médecine traditionnelle. C’est la raison pour laquelle en RDC, de plus en plus, les étudiants en Anthropologie, en médecine et même en histoire ancienne, choisissent les sujets de recherche en rapport avec la médecine traditionnelle.  

Comme « individu », le Professeur LOANDO  BAKO  Giscard affirme que le thème de pluralisme médical l’a intéressé depuis trois ans, période au cours de laquelle le Doyen de la Faculté de médecine lui avait demandé de dispenser des cours sur la médecine traditionnelle. C’est alors qu’il avait entrepris des recherches sur internet au point de télécharger un article de 7 pages qui parlait de la médecine traditionnelle. L’homme aux multiples casquettes le Révérend père Meinrad HEBGA, dans son ouvrage intitulé Sorcellerie, chimère dangereuse ?, avait réussi à expliquer scientifiquement la sorcellerie. C’est pourquoi, notre défi aujourd’hui est de ramener la médecine traditionnelle faite par Monsieur KANAA Amos Roger à une discipline académique afin qu’après lui, ses œuvres restent et que les autres puissent s’en inspirer.

A travers ces différentes présentations, ce travail de tissage nous amène selon le Docteur MBOKA INGOLI,  à un apprentissage. Il y a des doutes chez certains de ces étudiants canadiens ce qui est tout à fait légitime. Monsieur KANAA nous amène à comprendre qu’on n’utilise pas seulement les plantes et essences naturelles dans la médecine traditionnelle pour soigner. Il s’agit aussi d’un travail sur soi pour tout le monde y compris pour les professeurs des universités afin de ne pas entrer en contradiction avec sa foi chrétienne ou musulmane. C’est une interpellation.

Nous sommes davantage rendus à l’évidence d’autant plus qu’aujourd’hui, dans nos universités, que le système «  Licence- Master- Doctorat » met l’étudiant au cœur de l’apprentissage afin de l’amener à apprendre et à chercher de lui-même.

Présentation de KANAA Amos Roger, praticien de médecine traditionnelle, chercheur et Président de l’ARAM

Sous-thème : « Sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et matériel »

Monsieur KANAA Amos Roger à l’entame de ses propos, a fait savoir à l’assistance que le métier qu’il exerce est un patrimoine qui mérite d’être sauvegardé pour la santé et le bien-être des populations. Il a particulièrement choisi de parler du Jingo qui est l’une des formes de musicothérapie encore vivante aujourd’hui chez les basaa du Cameroun. Pour ce praticien de médecine camerounaise, « le Jingo est lié à la forêt et sans forêt, il n’y a pas de Jingo ». Aussi a-t-il poursuivi qu’une plante singulière peut se proposer à un praticien pour soigner un malade. Une plante peut vous parler ; on peut être à mille lieux d’ici et être interpellé par un son, bâillement des feuilles d’un arbre ou l’effet du vent.  Ce dernier peut devenir inaudible. C’est pourquoi le thérapeute doit être attentif. Autrefois, on organisait les séances de Jingoà la période de récolte, des cultures, lors du passage de l’adolescence à l’âge adulte, lors du mariage, de l’attribution d’un nom à un enfant ou à un nouveau-né, pour protéger contre les mauvais esprits ou pour soigner les gens victimes d’un certain nombre de maux.

Dieu existe et très souvent, on ne l’appelle pas Dieu parce qu’il est tellement GRAND ou parce qu’il est INFINIMENT PETIT qu’on ne peut pas le nommer. On peut dire en parlant de Dieu, « cette Immense Sagesse », Il a aussi édifié l’assistance au sujet du nom qu’on voudrait donner à un nouveau-né. Selon lui, il faut que les parents soient consentants ou alors qu’une personne autorise les parents d’un nouveau-né à donner son nom à leur enfant. 

PHASE DES ECHANGES

Question de Monsieur NLEND BISSECK :  Nous avons eu un exposé à la fois matériel et immatériel. Nous suggérons à l’orateur qu’il nous organise une séance de Jingo.

-Réponse de Monsieur KANAA : La pérennité du Jingo ne dépend pas seulement de nous. Nous avons eu à organiser plusieurs séances de ce rituel au village Lamal-pouguè.  Ce sont les autorités administratives qui font obstacles à la pratique de la musicothérapie.

Docteur MBOKA INGOLI : Il y a un rituel similaire au Jingo qui se pratique en République Démocratique du Congo appelé le Ningo, pratiqué lors de la culture du  manioc. En effet, ce rituel consiste à renforcer le potentiel de vie des humains et du manioc. Pour clarifier les circonstances de discorde en famille avant d’aller aux champs, on pratique d’abord le Ningo. Le Ningo tout comme le Jingo consiste à mobiliser ou à repousser les mauvais esprits pour faciliter la bonne croissance du manioc.

Docteur Jean Paulin MENGUE ME NDONGO : Historien, enseignant au département d’Histoire de l’Université de Yaoundé I. En effet, le pluralisme médical en tant qu’historien est le fruit d’un long processus. Du 16ème au 19ème siècles, l’Afrique a été partagée lorsque, malgré les luttes intestines, la médecine traditionnelle a survécu. A la période coloniale, le sang a beaucoup coulé. Aujourd’hui, Monsieur KANAA, affectueusement appelé Grand-père, est animé par un esprit de rébellion car il a adressé aux autorités des invitations à prendre part à la 4ème édition des JPO de l’ARAM. Malheureusement, elles ne sont pas venues.

Un participant : Est-ce que les instruments modernes de musique comme les guitares peuvent-t-elles être utilisées dans la musicothérapie ?

Réponse de Monsieur KANAA : Il y a un type de sons, de tempo qui appelle à la guérison. Que ce soit les guitares à trois cordes ou à sept cordes, elles peuvent être utilisées de manière à  avoir un bon son pour soigner. 

Un participant : Est-ce que le nom que porte un individu a un pouvoir sur lui ?

Réponse de Monsieur KANAA : Si Julie ne portait pas le nom de LAPLANTE, elle ne serait pas avec nous ici sur le panel, son père l’aime beaucoup. Il a pesé de son poids pour qu’elle devienne ce qu’elle est aujourd’hui. C’est pour dire que nous devons faire très attention car les noms que nous portons ou donnons à nos enfants, ont une forte influence sur ceux qui les portent. Même à mes enfants, je ne donne jamais mon nom par crainte de les amoindrir.

Professeur LOANDO BAKO Giscard :  La sauvegarde du patrimoine passe aussi par la conservation du nom. Mais est-ce que votre pérennité peut aussi passer par votre nom que vous donnez à vos enfants ou que nous pouvons donner à nos enfants ? Quand un sage meurt, nous avons l’habitude de dire que c’est une bibliothèque qui s’en va. Mais Grand-père nous invite aussi à sauvegarder son patrimoine. Comment Grand-père veut qu’on continue de penser à lui, tout en refusant qu’on donne son nom à nos enfants ?

Réponse de Monsieur KANAA : « Pour mieux vivre, vivons cachés. Moi je pense que la vraie vie commence quand je serai mort.  Si je ne me lave pas pour préserver la vie des autres et les soigner, n’est-ce pas mieux ? »

Question d’un participant : Depuis combien de temps faites-vous des recherches ?

Professeure Julie LAPLANTE : Ça fait déjà 30 ans que je fais des recherches sur les savoirs autochtones, l’anthropologie médicale et les sons.

VISITE DE LA PHARMACIE TRADITIONNELLE ET DU JARDIN BOTANIQUE

Pharmacie traditionnelle

Sous la conduite de Monsieur KANAA Amos Roger, le public a bénéficié de la connaissance de quelques vertus thérapeutiques des plantes et essences naturelles, fraiches, séchées, écrasées ou sous forme d’écorces achalandées dans les boxes de la pharmacie traditionnelle.

On y trouve aussi la carte des milieux forestiers du Cameroun qui permet de localiser les zones de collecte et de cueillette des écorces et plantes médicinales, des pierres à écraser, des marmites appropriées pour la préparation des médicaments, deux congélateurs pour la conservation des médicaments préparés et la nourriture des hôtes ; le flip shart mural pour la description et la matérialisation des affections décelées lors du diagnostic et le bureau meublent aussi ladite pharmacie.  Une porte est aménagée aux abords de la paillasse qui donne à l’arrière de cette pharmacie où se prépare le remède traditionnel au feu de bois sur un foyer poli en terre cuite.

Jardin botanique

Le public a découvert le bubinga et le moabi qui sont des exemples d’espèces en voie de disparition reboisées par l’ARAM aux vertus plurielles. 

SYNTHESE DES RECOMMANDATIONS

Au terme de la conférence internationale qui a porté sur le « pluralisme médical », quatre recommandations ont été retenues comme ci-après :

  1. L’analyse et l’interprétation anthropologiques des données recueillies par les chercheurs et étudiants de l’Université d’Ottawa, l’Université de Yaoundé I, l’Institut Supérieur de Développement Rural et l’ARAM en particulier sont connues ;
  2. Les us et coutumes des peuples Bantu sont répertoriés et connus ;
  3. La sauvegarde et la pérennisation du Jingo et du Ningo comme patrimoine matériel et immatériel ;
  4. La création à terme d’une Grande Ecole de médecine traditionnelle.

MARCHE D’INFORMATIONS

Quelques huiles essentielles et produits médicinaux ont permis aux participants de connaitre leurs vertus. C’est le cas de :

  1. Huile d’amandes douces ;
  2. Huile de karité ;
  3. Huile de sésame ;
  4. Huile de palmiste noire ;
  5. Dent de l’éléphant ;
  6. Molaire de l’éléphanteau.

Le marché d’informations a conduit au cocktail qui a permis au public de déguster quelques mets patrimoniaux tout en faisant connaissance et en partageant leurs impressions sur les travaux.           

CONCLUSION

Au terme des travaux de la quatrième édition des Journées Portes Ouvertes de l’ARAM sous le thème : « Pluralisme médical », force a été de constater que malgré l’absence des autorités, les travaux qui ont connus la participation d’environ 100 personnes se sont bien déroulés. 

Les chercheurs et étudiants de l’Université d’Ottawa qui ont passés trois semaines d’intenses cours terrain et autres activités, ont touché du doigt la médecine traditionnelle pratiquée par Monsieur KANAA. Sceptiques dans leur grande majorité à leur arrivée, ces étudiants sous la conduite du Professeure Julie LAPLANTE sont désormais outillés pour parler de la médecine traditionnelle dans leur institution universitaire et partout ailleurs. 

Il en est de même des chercheurs Congolais de l’Institut Supérieur de Développement Rural qui ont d’ailleurs décidé d’organiser l’an prochain, la tenue d’un colloque en RDC sous le thème « pluralisme médical », qui sera la continuité des travaux de la quatrième édition des JPO de l’ARAM. D’où la question majeure suivante : Comment faire pour que la médecine traditionnelle se scientise davantage au point de devenir une discipline académique à l’échelle mondiale ?

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